
Les feuilles mortes craquaient sous les racines de Ginger. Elle ne voulait pas hiberner comme chaque année dans le terrier familial. Les mandragores d’été ne voyaient jamais l’hiver et Ginger rêvait de neige et de glace, comme celles des contes. La rose porcelaine sur sa tête frissonnait sous le vent frisquet de l’automne. La saison chaude s’était prolongée cette année. Ginger aurait dû s’estimer heureuse d’hiberner plus tardivement. C’est ce que lui répétait sa grand-mère.
Mais quand on est une jeune mandragore en quête d’aventures, dormir presque deux cycles était d’un ennui mortel. Ginger se réveillait de nombreuses fois, seule avec ses pensées et les ronflements familiaux dans le terrier sombre.
Urtica sauta devant elle dans un grand cri qui ne surprit pas Ginger. Elle sentait son amie la guetter depuis plusieurs minutes. Elle reconnaissait ses pas et, surtout, son odeur herbeuse, humide et vivifiante. Urtica baissa ses racines supérieures potelées et agita ses belles ramures d’orties.
— Bah ! ça va pas ?
Ginger secoua sa haute fleur de tête encore bien rose poudrée.
— C’est déjà bientôt l’heure de l’hibernation ?
— Je ne veux pas dormir.
— Bah ! Dors pas !
— Ma famille…
— Fais semblant et ressors quand tout le monde sommeille ! Je t’attendrai devant votre terrier avec un manteau de mue de lapereaux. J’en ai au moins dix !
Ginger hésita pour la forme. Quelques jours plus tard, le plan fut mis à exécution sans entrave. Malheureusement, il n’y eut ni neige ni glace cet hiver là, mais de la pluie à n’en plus finir.

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