
Il avançait, la tête haute, malgré le sang qui s’écoulait de son flanc. L’odeur d’humus si familière lui chatouillait les narines et le vent soufflait des feuilles orangées et quelques gouttes humides sur son pelage écorce de pin.
Il savourait le bruissement de l’automne dans la forêt, sa forêt. Il humait le bois, la terre, le renard caché dans son terrier, les chiens et les hommes. Ses pas le portaient sur un sentier où il ne s’aventurait que rarement.
Au loin, des aboiements lugubres. Il ne les sèmerait pas. Il avait simplement gagné un peu de temps pour admirer la beauté de son royaume. Nulle âme ne pouvait venir à son secours. Les hommes ne s’arrêteraient pas à la sienne. Le sang coulerait encore et encore jusqu’à nimber la terre.
Il secoua ses cors aux nombreuses ramures veloutées et ses longs cils se joignirent.
Le craquement des feuilles lui fit ouvrir les yeux. Une fillette aux cheveux si longs qu’ils touchaient presque le sol courrait vers lui. Elle sentait l’humaine, mais aussi l’herbe tendre et la mousse cotonneuse, la pluie d’automne et les feuilles rousses.
Les chiens percèrent la brume au bout du chemin. La fillette se plaça devant lui et tendit les mains vers eux en glapissant. Ils ne reculèrent pas. Le cerf soupira de douleur et ses jambes ployèrent. Une larme coula sur son museau baissé vers la terre.
Les chasseurs broyant le dos de chevaux arrivèrent. Ils rappelèrent la meute, invectivèrent l’enfant qui feula comme un chat sauvage. L’un descendit de sa monture. La fillette posa une main chaude sur le pelage du cerf. Elle murmura quelque chose qu’il ne comprit pas, mais chatouilla agréablement son cœur.
La douleur reflua. Des rubans dorés s’échappaient de son corps au fur et à mesure que la blessure disparaissait. La balle quitta sa chair et rejoignit la farandole lumineuse. Des perles de sueurs mouillaient le front de l’enfant. Elle tendit son autre bras vers la terre qui s’ouvrit soudain sous les hommes et les engloutit.

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