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Le cimetière de la madeleine

Découvrez un texte poétique automnal en version audio et écrite sur le cimetière de la Madeleine à Amiens.

J’aime le brouhaha des cimetières. 

Je n’apprécie pas la cacophonie dans les transports en commun.

Cela n’a rien à voir.

J’écoute le vent qui s’engouffre entre les feuilles des arbres, les tombes et les grilles branlantes des nobles caveaux, le crissement des cailloux sous mes pieds. J’écoute les chants des oiseaux et les miaulements des chats. J’écoute les musiques qui s’élèvent et les conversations des défunts. 

On m’a toujours dit que j’écoutais mieux que je ne parlais. Mais la voix des vivants m’a éreinté, noyé puis essoré à 1 200 tour/minute. 

J’ai découvert le cimetière de La Madeleine un peu par hasard. Je cherchais le parc du Grand marais et quand un panneau a indiqué la pâtisserie, je l’ai suivi. Cela sonnait mieux qu’un marais, aussi étendu soit-il.

J’y reviens presque tous les jours, par tous les temps. Les sons ne sont pas les mêmes selon que le soleil assèche l’air ou qu’il vente. Je préfère lorsqu’il pleut et que les gouttes rebondissent sur les pierres, les croix de métal et les feuilles. Les morts dansent et chantent sous la pluie. C’est une mélodie qu’aucun vivant ne peut créer. Parfois, je me surprends à penser qu’ils m’attendent, qu’ils s’expriment pour moi, puis, mes pieds reviennent sur le gravier. Les défunts ne réclament pas qu’on les écoute, n’attendent pas de réponse. Les ouija ne sont que pour les vivants.

Un fantôme me frôle sans me voir. Un chat roule sur le dos, avide des délicates caresses de la morte. J’imagine que le son mélodieux qui vibre jusque dans mon ventre est le rire de la défunte. 

Peut-être qu’ils chantent pour les chats.

Retrouvez un autre texte audio : Le bruit des bottes.

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